Stratégie d’adaptation 9

Gérer les risques opérationnels des changements climatiques

Au Canada, on s’attend à une augmentation des températures, des précipitations et des phénomènes météorologiques extrêmes. Plusieurs des impacts climatiques les plus graves et les plus coûteux seront associés à la hausse prévue de la fréquence et de l’intensité des phénomènes météorologiques extrêmes et des désastres naturels. Ces évènements comprennent les inondations causées par les pluies abondantes et les ondes de tempête, les tempêtes de verglas, les vents violents, la grêle, les canicules et la sécheresse. Le rapport Investir dans l’avenir du Canada : Le coût de l’adaptation aux changements climatiques à l’échelle locale de la FCM fait état des désastres naturels les plus coûteux au Canada depuis 2003.

Il est important de comprendre en détail les évènements extrêmes à venir pour pouvoir concevoir et maintenir efficacement les infrastructures, la gestion des urgences et la santé et la sécurité de la collectivité à intégrer à la planification de l’adaptation aux changements climatiques. Le caractère cumulatif des effets des changements climatiques et l’incertitude qui les entoure pourraient amener leur lot de « surprises » sur les plans des opérations et de l’entretien. Cependant, l’intensité des effets peut être réduite grâce à des mesures d’adaptation.

Assurer les services de base

Les collectivités devront être capables d’assurer les services de base malgré les effets des changements climatiques sur leurs actifs prioritaires. Le rendement de base de chacun des actifs prioritaires devra être déterminé et suivi afin d’en faire l’évaluation de façon continue. Voici quelques exemples d’ajustements aux niveaux de service pour permettre une adaptation aux changements climatiques :

  • Augmenter la capacité des systèmes d’évacuation des eaux usées
  • Augmenter la capacité de stockage de l’eau potable
  • Concevoir et gérer les infrastructures municipales pour les rendre polyvalentes (p. ex. parcs permettant de contenir les inondations, routes servant de barrière contre les inondations, etc.)
  • Accroître la redondance du système pour qu’il soit plus résilient (p. ex. offrir des voies d’accès ou des sources d’eau de secours)
  • Moderniser les infrastructures municipales pour les protéger contre les phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes

Le Guide pour l’intégration des considérations climatiques dans la gestion des actifs municipaux de la FCM offre des conseils sur la façon d’intégrer la réponse aux changements climatiques aux pratiques de gestion des actifs. Vous pouvez aussi vous servir d’outils externes pour le suivi des données, par exemple l’outil Sustainable Service Assessment Tool d’Asset Management BC (en anglais seulement).

Mettre à disposition les meilleurs outils disponibles

Plusieurs outils gratuits sont mis à la disposition des collectivités. Par conséquent, la majorité des coûts associés sont engendrés par le personnel chargé de l’évaluation des besoins technologiques et de l’évaluation subséquente de la vulnérabilité des actifs ainsi que par l’équipe d’adaptation chargée d’offrir un soutien continu.

Le type et le nombre d’outils nécessaires dépendront de la complexité de la municipalité selon sa taille, ses ressources et le degré de vulnérabilité de ses actifs aux changements climatiques. Ces outils peuvent être développés à l’interne, trouvés en ligne ou acquis auprès d’une organisation externe. Une grande variété d’outils sont disponibles gratuitement pour aider les collectivités dans la collecte des données et la gestion continue dans les domaines suivants, entre autres :

  • Projections climatiques
  • Évaluation de la vulnérabilité et des risques
  • Analyse des lacunes
  • Gestion des bassins versants
  • Qualité de l’air
  • Gestion des déchets
  • Santé publique
  • Alimentation
  • Planification générale de l’adaptation

Lorsque vous envisagez des mesures pour faire face aux changements climatiques, tenez compte des éléments suivants :

  • Comprendre l’interconnexion systémique entre les risques dans la conception des stratégies d’adaptation qui y sont rattachées
  • Éliminer progressivement et éviter les mesures mal adaptées (c.-à-d. les mesures qui augmentent les émissions de GES ou exacerbent les risques dans d’autres secteurs)
  • Profiter des occasions de réaliser des progrès d’adaptation
  • Prendre en compte le contexte social, les coûts et la faisabilité technique dans l’évaluation des possibilités d’adaptation
  • Privilégier les options d’adaptation qui présentent des avantages connexes quant à la réduction des émissions et d’autres objectifs de politiques

Consultez la publication Les principaux risques des changements climatiques pour le Canada – Comité d’experts sur les risques posés par les changements climatiques et les possibilités d’adaptation du Conseil des académies canadiennes pour de plus amples détails.

Limitation de la responsabilité

Selon le rapport Vivre avec les changements climatiques au Canada : perspectives des secteurs relatives aux impacts et à l’adaptation, le gouvernement du Canada ne détermine pas dans sa législation quelles organisations sont responsables de la lutte contre les effets des changements climatiques. Néanmoins, les décideurs en matière d’infrastructures et les gestionnaires des actifs qui feront preuve de prudence évalueront probablement les risques liés aux changements climatiques dans leur collectivité et chercheront des moyens de les atténuer. Dans certaines collectivités, la possibilité de se voir imposer des responsabilités légales sera probablement un moteur important des mesures d’adaptation aux changements climatiques à l’avenir. Par exemple, si les municipalités se sont engagées à offrir un réseau d’adduction d’eau capable de gérer les fortes précipitations isolées qui surviennent une fois à intervalle de cinq ans, l’incapacité de répondre à cette norme pourrait entraîner la mise à jour des calculs des crues de projet de manière à ce que les crues quinquennales deviennent des crues triennales, exposant ainsi la municipalité à la responsabilité en cas d’inondation.

Rentabilité – Analyse coût-efficacité

L’analyse coût-efficacité permet de trouver les possibilités d’adaptation les moins coûteuses ou celles permettant d’atteindre des cibles tangibles. Elle s’avère aussi particulièrement utile pour les possibilités d’adaptation dont les avantages sont difficiles à présenter en termes financiers (p. ex. la santé de la population, les systèmes d’eau douce, les phénomènes météorologiques extrêmes et les services rendus par la biodiversité et l’écosystème), mais dont les coûts peuvent être quantifiés. Par exemple, puisque l’eau est un besoin fondamental, l’objectif d’une évaluation en la matière ne serait pas de trouver d’autres possibilités d’adaptation qui pourraient apporter des bénéfices d’adaptation plus importants, mais de trouver celles qui garantissent un accès viable à de l’eau de qualité et en quantité suffisante pour les communautés vulnérables. Les étapes de l’analyse coût-efficacité sont les suivantes :

  • Convenir de l’objectif d’adaptation et cerner les options d’adaptation
  • Établir des données de référence
  • Quantifier et totaliser les différents coûts
  • Juger du degré d’efficacité
  • Comparer la rentabilité des différentes options

L’analyse coût-efficacité peut être réalisée de manière globale, s’il n’y a qu’une option à choisir, ou de manière différentielle, si plusieurs options sont nécessaires pour répondre à l’objectif d’adaptation. Une analyse différentielle consiste à mettre en œuvre une première option jusqu’à ce que son rapport coût-efficacité marginal soit dépassé par une autre option.

À titre d’exemple, voici un graphique comparant les stratégies de contrôle de la dengue tiré de l’étude Assessing the Costs and Benefits of Adaptation Options – An Overview of Approaches de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques.

Études de cas

Étude de cas

Brésil – Évaluation des options de contrôle de la dengue à l’aide d’une analyse coût-efficacité

L’étude Assessing the Costs and Benefits of Adaptation Options – An Overview de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques a réalisé des évaluations épidémiologiques et économiques de 43 différentes stratégies de lutte contre les vecteurs de la maladie axées sur l’usage d’insecticides sur une période de 5 ans à Rio de Janeiro au Brésil. Les auteurs ont élaboré un modèle dynamique de la transmission de la dengue permettant d’évaluer l’évolution de la résistance aux insecticides chez les populations de moustiques et de l’immunité à la dengue chez les humains.

Réalisée d’un point de vue sociétal, l’analyse évalue les coûts médicaux et non médicaux directs et les coûts indirects engendrés par les journées de travail perdues à cause de la dengue. Les coûts sont exprimés en dollars américains ($ US) pour 2009. Les coûts futurs ont été actualisés à un taux annuel de 3 %. Le fardeau de la dengue sur la santé a été mesuré en années de vies ajustées en fonction de l’incapacité (AVAI) perdues. L’AVAI est une mesure générique de la santé qui permet de comparer la réduction des problèmes de santé parmi différentes pathologies et de combiner les effets de morbidité et de mortalité dans le même indice. Dans le cadre de l’étude, des seuils de rentabilité adaptés au Brésil ont été établis en fonction des critères de la Commission Macroéconomie et Santé de l’Organisation mondiale de la Santé : les mesures d’intervention considérées comme rentables coûtant moins de 24 660 $ US par AVAI récupérée et celles très rentables coûtant moins de 8 220 $ US par AVAI récupérée.

Étude de cas

La stratégie d’adaptation aux crues côtières de la Ville de Surrey

En novembre 2019, la Ville de Surrey a adopté la Stratégie d’adaptation aux crues côtières (en anglais seulement), élaborée dans une approche participative et communautaire. La participation directe des résidents et résidentes, des parties prenantes, des Premières Nations, des organismes communautaires et environnementaux, des associations d’entreprises, de la communauté agricole et des administrations voisines a été mobilisée en vue de déterminer les solutions à court, moyen et long terme.

Le processus d’élaboration de la CFAS a été divisé en cinq étapes :

  • Étape 1 : Qu’est-ce qui importe le plus et qui est concerné?
    • Scénarios des risques et de la vulnérabilité
    • Définir les valeurs de la population
    • Cerner les options d’adaptation préliminaires
  • Étapes 2 et 3 : Qu’est-il possible de faire et qu’est-ce qui est acceptable?
    • Élaboration de la stratégie et planification de la mise en œuvre progressive
    • Se pencher sur l’acceptabilité de la stratégie
    • Réviser les stratégies pour en améliorer l’acceptabilité
    • Élaborer des options
    • Évaluer les options sur les plans technique, économique, écologique et social
    • Dresser une liste d’options sélectionnées
  • Étape 4 : Comment s’y prendre?
    • Calculer les coûts du cycle de vie et le financement
    • Harmoniser les mesures avec les autres stratégies
    • Établir un plan de mise en œuvre
  • Étape 5 : Production de rapports
    • Présentation finale du document
    • Stratégie d’adaptation aux crues côtières
    • Communication générale

Étude de cas

Ahead of the Storm – Developing Flood-Resilience Guidance for Canada’s Commercial Real Estate de l’Université de Waterloo

Les inondations sont maintenant les catastrophes naturelles les plus coûteuses pour les Canadiens et Canadiennes, représentant 73 % des coûts annuels liés aux désastres dans l’ensemble du pays. L’ Université de Waterloo a créé un condensé des mesures de résilience face aux inondations pour le secteur commercial. Ces mesures sont tirées de plusieurs études de cas et s’appliquent également aux bâtiments municipaux et communautaires. L’étude comprend les principaux sujets et mesures qui suivent :

Mesures à instaurer avant l’inondation

  • Plans et procédures
    • Fonds d’urgence
    • Centres des opérations d’urgence
    • Documents d’assurance
  • Matériel et fournitures
    • Matériel et fournitures essentiels
    • Barrières portatives contre les inondations et sacs de sable
    • Génératrice de secours
    • Capteurs de niveau d’eau
  • Rénovations majeures
    • Élévation et protection contre les inondations du matériel essentiel
    • Protection et isolation des circuits haute tension
    • Modernisation des panneaux électriques

Mesures à instaurer pendant une inondation

  • Procédures d’arrêt de l’équipement, en particulier des canalisations électriques et de liquides inflammables
  • Remplissage des réservoirs de carburant et des pompes à incendie
  • Prise de photos pour les réclamations d’assurance

Mesures à instaurer immédiatement après l’inondation

  • Inspection des lignes électriques et des conduites de carburant pour trouver les bris
  • Évaluation des dommages structurels
  • Évaluation du degré de nettoyage et d’assainissement nécessaire et lancement des procédures de nettoyage
  • Lancement des procédures de séchage et de déshumidification