Stratégie d’adaptation 1

Élaborer des politiques et des objectifs

Pour commencer, adoptez un énoncé de vision pour l’adaptation climatique. Idéalement, la vision devrait tenir compte des valeurs importantes pour la collectivité et communiquer le but et les résultats escomptés du plan d’adaptation aux changements climatiques. Constituez une liste de buts et d’objectifs en matière d’adaptation pour concrétiser la vision. Les buts énoncent de façon générale les attentes d’un programme ou d’un plan (p. ex. augmentation des mesures d’adaptation aux phénomènes météorologiques extrêmes), tandis que les objectifs représentent les mesures à prendre pour atteindre le but (p. ex. trouver des abris potentiels contre la chaleur pour les citoyens). Déterminez quels sont les avantages et résultats escomptés de la planification de l’adaptation pour la localité et expliquez-les. Éléments à prendre en considération : assurance contre les risques, réduction de la vulnérabilité, création de possibilités, baisse des coûts à long terme et réduction des risques.

Puisque les changements climatiques auront des incidences sur un large éventail d’actifs municipaux et de services gouvernementaux, les préparatifs pour composer avec le changement climatique relèvent de la gestion des risques et de la bonne gouvernance. Les municipalités ont pour mandat de garantir la sécurité, la santé et le bien-être de leurs collectivités maintenant et dans le futur.

Selon le guide de l’ICLEI (Conseil international pour les initiatives écologiques communales) sur les Collectivités changeantes, les changements climatiques s’accompagnent de diverses contraintes à l’égard des infrastructures matérielles des collectivités. Les changements climatiques anticipés augmenteront les coûts d’entretien, de protection et de remplacement et entraîneront la perte de biens partout au pays. Les équipements physiques en cause peuvent comprendre : les digues, les ponceaux, la chaussée, les ponts, les immeubles, les systèmes d’égout et les levées de terre.

Exhibit 9 Pièce 9
Impacts and Systems Impacts et systèmes
Social System Système social
Physical systems Équipements physiques
Economic Systems Systèmes économiques
Ecological Systems Systèmes écologiques

Adaptation to climate change can include any activity that reduces the negative impacts of climate change and/or takes advantage of new opportunities that may be presented. Climate change, unlike most other public priorities, will directly or indirectly affect a broad range of resources and activities in the public sector (from water resources and land use planning to public health and emergency management). Climate change impacts are also heavily locally dependent. Regional climate projections along with risk and vulnerability assessments are needed to inform priority assets and focus areas. As climate change will affect a broad range of community assets and government services, adapting to climate change is a matter of “good government” and risk management in an effort to ensuring the safety, health and welfare of communities now and into the future. In order to reduce the communities’ vulnerabilities, public decision-makers must ensure a positive lasting influence on their communities’ so that future generations do not bear the worst effects of climate change.

Créer une vision pour le plan d’action sur le climat

Le guide de l’ICLEI Canada intitulé Climat changeant, collectivités changeantes (en anglais seulement) est un cadre de référence de premier ordre pour aider les collectivités à élaborer un plan d’adaptation. Les pages 47 et 48 du guide montrent comment établir la vision, les buts et les objectifs qui devraient caractériser les mesures d’adaptation.

La création d’une vision aux fins du plan des mesures d’adaptation permet d’intégrer les objectifs d’adaptation dans la vision élargie de la collectivité. Il ne s’agit pas là d’une étape obligatoire, mais d’un exercice néanmoins utile qui aidera la collectivité à fixer des buts et des objectifs dans le court terme. La mobilisation de la collectivité pour la réalisation d’exercices de création d’une vision peut favoriser le soutien et l’engagement à l’égard des mesures d’adaptation aux changements climatiques.

Une vision d’adaptation est un énoncé sur la situation future de la collectivité à l’égard des mesures d’adaptation aux changements climatiques. S’agissant des administrations locales qui entreprennent un processus de planification des mesures d’adaptation, la création d’une vision les aidera : à définir ce à quoi peut ressembler une collectivité résiliente sur le plan climatique; à présenter le portrait de la collectivité dans l’avenir; à établir des paramètres qui permettront de juger de la vulnérabilité et d’évaluer les risques connexes; et à disposer ainsi de balises qui serviront de référence pendant la planification et la mise en place des mesures d’adaptation.

Un énoncé de vision permet par ailleurs de lancer un appel à l’action et pourrait servir de catalyseur des changements à apporter; en ce sens, c’est un élément important à inclure dans la politique d’adaptation aux changements climatiques. L’énoncé devrait idéalement faire état des valeurs importantes pour la collectivité et formuler la raison d’être et les résultats anticipés de la politique d’adaptation au climat.

La formulation de la vision devrait permettre d’aborder les principaux éléments que voici :

  • Quel est le but de la politique d’adaptation aux changements climatiques?
  • À quoi pourrait ressembler une collectivité bien adaptée aux changements climatiques?
  • Quelles seront les incidences des changements climatiques sur la région?
  • Quels sont les groupes ciblés par la politique d’adaptation : conseil municipal, parties prenantes ou citoyens et citoyennes?
  • La politique d’adaptation sera-t-elle un document public important?

Réalisation d’une évaluation des risques et de la vulnérabilité

Avant de fixer des buts et des objectifs, il importe de bien connaître l’état des lieux, les incidences anticipées des changements climatiques à l’échelle locale, ainsi que les risques connexes visant les actifs de la collectivité et des entreprises. Une évaluation des risques et de la vulnérabilité est un outil important en appui aux prises de décision portant sur différents sujets. Un tel outil peut servir à cerner les principaux risques et effets sur les gens, les régions et les secteurs d’activité, en plus de rendre compte de leur vulnérabilité, de sorte que les ressources pertinentes pourront y être affectées; il peut aussi aider à concevoir des politiques et des projets d’adaptation, en plus d’établir un cadre de référence qui permettra de mesurer et de faire le suivi du degré de réussite des mesures d’adaptation.

Le Cinquième rapport d’évaluation du Groupe de travail II du GIEC (RE 5) récemment produit a intégré la vulnérabilité dans l’évaluation des risques globaux, susceptibles de s’accroître ou de décroître, relativement à un risque particulier. L’illustration ci-dessous rend compte du processus retenu pour déterminer les risques des changements climatiques, compte tenu de la vulnérabilité et d’autres facteurs connexes.

AR 5 RE 5
Climate signal

Hazard

Direct physical impacts

Alerte climatique

Risque

Incidences physiques directes

Environnement Environnement
Exposure Degré d’exposition
Sensitivity

Vulnerability

Capacity

(Coping, Adaptive)

Sensibilité

Vulnérabilité

Capacité

(adaptative)

Risk Risque
Society Société

Consulter le répertoire du site adaptationcommunity.net (en anglais seulement) qui traite de l’évaluation des risques et de la vulnérabilité et donne de l’information sur la réalisation d’une évaluation à l’échelle locale.

Établissement des buts et des objectifs de l’adaptation

Buts

Après la formulation d’une vision, une équipe d’adaptation devrait être mise sur pied et chargée de préciser les buts poursuivis par les mesures d’adaptation. La taille de l’équipe de planification dépendra de la portée du processus de planification; il faudrait en l’occurrence chercher à établir un juste équilibre et une représentation pertinente entre divers secteurs, y compris la planification des travaux techniques, les travaux publics et les activités connexes, la gestion des actifs, l’exploitation forestière et les services publics.

Il faudrait échelonner les buts en regard des changements climatiques qui menacent la collectivité. Ils constitueront un plan d’action de haut niveau que devra tenter de réaliser la collectivité. Les buts sont un énoncé de nature générale quant aux attentes d’une politique, d’un programme ou d’un plan. Par exemple :

  • sensibiliser davantage le public sur les changements climatiques et ses incidences anticipées sur la collectivité;
  • accroître la capacité technique pour composer avec les incidences des changements climatiques;
  • accroître la capacité adaptative des milieux bâtis, naturels et humains de la collectivité.

Objectifs

À partir du moment où les buts de la collectivité ont été cernés, il est possible de fixer des objectifs précis. Les objectifs permettent de concevoir une feuille de route sur la façon dont la collectivité entend composer avec les effets qui ont été cernés et ils correspondent aux moyens à prendre pour réaliser la vision. Certains objectifs peuvent être précis, tandis que d’autres pourraient être de nature plus générale et l’évaluation de leur atteinte pourra sans doute être plus difficile. Dans la mesure du possible, il faudrait concevoir des objectifs dans une perspective stratégique, de sorte qu’il sera possible de les mettre en œuvre, d’en mesurer la mise en application et d’en exercer ultérieurement le suivi. Il convient d’avoir à l’esprit que les objectifs des mesures d’adaptation varieront d’une collectivité à l’autre, compte tenu de facteurs qui pourront varier comme : la nature et l’amplitude des changements climatiques anticipés et de leurs incidences; le degré de soutien obtenu pour les mesures d’adaptation; les domaines de service sur lesquels la collectivité peut agir directement. Voici quelques objectifs pouvant servir d’exemples :

  • accroître et diversifier l’approvisionnement en eau;
  • mieux se préparer aux sécheresses;
  • réduire l’érosion des rives;
  • réduire l’impact des vagues de chaleur intenses;
  • réduire l’impact des inondations et de l’érosion sur les infrastructures;
  • mieux conserver l’énergie;
  • réduire l’empreinte écologique des immeubles existants;
  • mobiliser les fournisseurs d’énergie et faire en sorte qu’ils améliorent les possibilités locales de production d’énergie renouvelable;
  • soutenir l’apport économique de l’agriculture locale;
  • protéger les habitats et les routes migratoires de la région.

Des travaux de recherche récents indiquent que l’adoption précoce de stratégies d’adaptation qui accompagnent les buts des mesures d’atténuation comporte de nombreux bienfaits, garantissant notamment que la prise de décision des administrations locales réduira la vulnérabilité et les émissions. L’optique de la résilience à faible empreinte carbone (RFEC) est une perspective qui permet d’évaluer et de coordonner en parallèle les mesures d’adaptation et d’atténuation, réduisant ce faisant à la fois la vulnérabilité et les futures émissions. Le recours à la grille d’analyse de la RFEC pour tous les aspects de prise de décision à l’échelle municipale aide à garantir des décisions efficaces dans un contexte environnemental qui évolue rapidement. L’illustration ci-dessous tirée de la page 28 du guide Canadian Communities Guidebook (en anglais seulement) fait état du protocole et du plan d’action à observer pour définir les objectifs d’un projet d’adaptation d’une collectivité locale.

PREMIÈRE ÉTAPE : MARCHE À SUIVRE ET MESURES À PRENDRE
Au cours de cette étape, nous suggérons de définir la raison d’être d’un projet d’adaptation, d’atténuation et de développement durable (SAM) et de nommer les futurs membres de l’équipe. Pour aider à circonscrire la raison d’être du projet SAM, nous proposons la marche à suivre que voici : 
1. Définir les risques auxquels est confrontée la collectivité ou avec lesquels elle a dû composer récemment.
2. Définir des projets et des programmes pertinents qui ont présenté ou qui pourraient présenter une vulnérabilité à certains événements climatiques ou à des dangers de nature non climatique. 
3. À la lumière des connaissances locales, circonscrire les domaines pour lesquels il y a une lacune de capacité à cerner les contraintes qui découlent actuellement des changements qui surviennent, y compris des événements reliés au climat. 
4. Nommer les parties prenantes importantes de l’administration locale et chez les chercheurs qu’il faudrait mobiliser pour réaliser le projet.
5. Établir les possibilités de financement du projet. L’organisme de financement soutient-il le projet et permettra-t-il l’inscription d’autres coûts associés à l’intégration des mesures d’adaptation et d’atténuation dans le projet?
6. Nommer le service et le personnel concernés, ainsi que les autorisations qui pourront être requises auprès de l’administration locale (service, hiérarchie, etc.). Le projet doit-il être défendu par un ambassadeur?

*SAM = mesures d’adaptation, d’atténuation et de développement durable

Envisager une approche de résilience à faible empreinte de carbone

L’optique de résilience à faible empreinte de carbone (RFEC) intègre la planification des mesures d’adaptation et d’atténuation aux changements climatiques, plutôt que d’aborder ces deux facettes de manière séparée. Jugée plus efficace, cette façon de procéder qu’adopte la majeure partie des municipalités misera sur des plans ou des politiques en vigueur, qui intégreront peu à peu la résilience à faible empreinte de carbone. Ainsi, la plupart des municipalités disposent de plans d’atténuation, mais bon nombre d’entre elles commencent à peine à mettre en place leurs plans d’adaptation, et elles peuvent faire appel au cycle de la RFEC présenté ici au moment de la révision de leurs plans d’atténuation.

Commentaires qui apparaissent sur la page SFU-ACT’s Resource Page on Low Carbon Resilience (en anglais seulement) :

« Un volet essentiel de la planification de la RFEC concerne l’évaluation des interactions entre les mesures d’adaptation et les mesures d’atténuation, y compris les avantages et les synergies connexes, ainsi que les compromis et les litiges. Ce genre d’évaluation peut commencer par la prise en compte raisonnée des interactions possibles (c’est-à-dire, poser la question pérenne sur le climat), y compris la recherche du point de vue des experts qui travaillent sur l’élaboration de mesures et des parties prenantes touchées par les effets du climat. Les outils d’analyse actuels (modélisation cartographique des inondations et des émissions de GES, par exemple) peuvent servir à déterminer les effets de diverses mesures concernant le climat sur les GES et la vulnérabilité ou la résilience. Le programme Building Adaptive and Resilient Communities (BARC) de l’ICLEI comprend des mesures visant à prioriser les mesures d’adaptation susceptibles de réduire les GES, ou qui offrent d’autres avantages d’atténuation connexes. » [trad.]

Le tableau qui suit présente un modèle de processus d’intégration des étapes de planification des mesures d’adaptation et d’atténuation dans l’optique de la RFEC.

Adaptation Résilience à faible empreinte de carbone Atténuation
1. Analyse de la situation
Climat physique, conditions météorologiques, hydrologie, infrastructure, etc.

Paramètres socioéconomiques : population, données économiques, secteurs industriels, marché

Politique : politiques, gouvernance, institutions, contexte politique

Événements passés

Impacts passés

État des réparations/des vulnérabilités

Collecte et analyse de données Inventaire des GES

Tendances passées

2. Évaluation des risques
Scénarios climatiques

 

réduction des activités, courbes IDF

risques

exposition : p. ex. cartes des inondations

sensibilité, impact, conséquence

analyse probabiliste

capacité adaptative

Scénarios des émissions globales de GES qui ont une incidence sur les risques climatiques à l’échelle locale

 

Scénarios climatiques qui ont une incidence sur les émissions anticipées à l’échelle locale

Scénarios des émissions de GES correspondant à la poursuite des activités

par secteur et sous-secteur

3. Analyse des solutions
Énumérer les solutions possibles : plans, politiques, processus, programmes, projets, etc.

Établir des critères de classement prioritaire, selon les avis des experts et des parties prenantes

Définir les ensembles de solutions/les scénarios

Étendue des aires ou des infrastructures protégées (hectares, km2), nombre de personnes bénéficiaires, réduction du nombre de jours de perturbation, etc. Évaluer les scénarios

Évaluer les retombées favorables du changement climatique (à partir de mesures individuelles, d’ensembles de solutions, de scénarios)

Possibilité d’atténuation des GES
Évaluer les interactions des mesures d’adaptation et d’atténuation

(voir les précisions ci-dessous)

Dommages et perturbations évités, économies réalisées, TRI bonifié, compétitivité accrue, risques juridiques réduits… Analyse coûts-bénéfices : évaluation des coûts, retombées économiques, avantages connexes

** y compris la résilience à faible empreinte de carbone (adaptation et atténuation)

$/tonne (avantages directs)

$/tonne (y compris les avantages connexes)

Faisabilité : analyse FFPM, analyse des obstacles/des lacunes (sur les plans technique, institutionnel et politique)
4. Plan d’action
QUOI? Établir l’ordre de priorité des mesures et définir l’ensemble des solutions

QUI? Préciser les instances responsables de la mise en œuvre

COMMENT? Identifier les modalités et les sources de financement

QUAND? Élaborer un calendrier de mise en œuvre

ADAPTATION Résilience à faible empreinte de carbone Atténuation
5. Mise en œuvre et financement
QUOI? Description précise des mesures

QUI? Attribution officielle des responsabilités

COMMENT? Élaboration et lancement des politiques, des processus, des programmes, des changements institutionnels

COMMENT? Exécution des modalités de financement et utilisation d’instruments financiers

QUAND? Harmonisation des processus budgétaires et de la planification des immobilisations

6. Surveillance, évaluation et suivi
Ex. : nombre d’arbres plantés, superficie (en m2) de toits végétalisés

Ex. : capacité de stockage de l’eau sur place, température réduite en surface

Ex. : pertes évitées, retombées sur le plan de la continuité des affaires

Ex. : nombre de personnes bénéficiaires, visites réduites à l’hôpital, etc.

Déroulement de la mise en œuvre : mesures, politiques

Résultats intermédiaires et étapes

Retombées physiques

Incidences environnementales (GES, air, eau, terre)

 

Retombées économiques (économies réalisées, TRI bonifié, progression du PIB)

Retombées sociales (santé, accès, qualité de vie)

Ex. : mégawattheures d’énergie solaire installés

Ex. : temps de conduite réduit (KVP)

 

Ex. : économies d’énergie, TRI bonifié

Ex. : meilleur accès au transport en commun, énergie propre